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Pourquoi continuer sa thérapie quand on commence à aller mieux ?

Alisée Eggermont

Psychanalyste

·20 octobre 2026 10 min de lecture
Lorsqu'on commence une thérapie, c'est souvent parce que quelque chose ne va plus. Une anxiété qui prend trop de place, des relations qui font souffrir, une période difficile, des pensées qui tournent en boucle… À un moment, on ressent le besoin de parler à quelqu'un et de comprendre ce qui nous arrive.

Puis, progressivement, les choses changent. On se sent moins anxieux, on dort mieux, certaines situations deviennent plus faciles à vivre. On retrouve de l'énergie, on prend du recul. Et une question finit parfois par apparaître : 

Si je vais mieux, pourquoi continuer à consulter ?

C'est une question légitime. Après tout, si l'on vient en thérapie pour aller mieux, il semble logique d'envisager d'arrêter lorsque cet objectif commence à être atteint.

Pourtant, dans ma pratique, je constate que le mieux-être peut aussi ouvrir une nouvelle étape du travail thérapeutique. Non pas parce qu'il faudrait absolument continuer, mais parce que la disparition d'une souffrance ne signifie pas toujours que l'on a compris ce qui nous a amenés à souffrir.


Quand on va mieux, on peut avoir envie de tourner la page.


Il arrive que les premiers changements apportés par la thérapie soient suffisamment importants pour que l'on ait le sentiment d'avoir fait le nécessaire. On se sent plus apaisé, on arrive à prendre certaines décisions, on comprend mieux ses réactions. La vie reprend son cours et les raisons qui nous avaient poussés à consulter semblent désormais loin derrière nous.

Je comprends tout à fait cette envie de tourner la page. Une thérapie demande du temps, de l'énergie et parfois du courage. Parler de soi, revenir sur des situations douloureuses ou se confronter à certaines questions n'est pas toujours facile. Lorsqu'on commence à se sentir mieux, il est naturel de vouloir profiter de ce nouvel équilibre.

Mais il peut être intéressant de se demander ce que signifie exactement ce mieux-être.

 Est-ce que la difficulté a disparu ? Est-ce que l'on a appris à mieux la traverser ? Est-ce que l'on a changé quelque chose dans sa manière de réagir ?  Est-ce que la situation qui nous faisait souffrir s'est simplement éloignée ?

Il n'y a pas de réponse universelle. Ces différentes possibilités ne s'excluent pas nécessairement.

Aller mieux est une étape importante. C'est aussi parfois le moment où l'on peut commencer à regarder les choses autrement.


Ne plus souffrir autant ne signifie pas toujours avoir compris ce qui nous faisait souffrir.


Imaginons une personne qui consulte parce qu'elle souffre énormément de ses relations amoureuses. Elle se sent régulièrement délaissée, doute de sa valeur et vit chaque désaccord comme la possibilité d'être abandonnée. Au fil des séances, elle apprend à mettre des mots sur ce qu'elle ressent. Elle comprend mieux ses réactions et parvient progressivement à prendre du recul. Une nouvelle relation commence, elle se sent aimée et rassurée. L'angoisse diminue. Elle pourrait alors se dire qu'elle n'a plus besoin de thérapie, puisque le problème semble avoir disparu.

Pourtant, cette période plus sereine peut aussi permettre d'explorer des questions qui étaient jusque-là difficiles à aborder. 

Pourquoi le moindre éloignement était-il si douloureux ? Pourquoi était-il si difficile de supporter que l'autre ait des besoins différents des siens ? Pourquoi fallait-il constamment être rassuré pour se sentir digne d'être aimé ?

Lorsque la souffrance est intense, il est parfois difficile de réfléchir à ces questions. On cherche d'abord à tenir, à retrouver un peu de calme, à faire face à ce qui nous arrive. C'est compréhensible.

Quand les choses s'apaisent, on dispose parfois de davantage de disponibilité psychique pour s'intéresser à ce qui se joue derrière nos réactions.

Cela ne signifie pas que toute difficulté doit nécessairement être rattachée à une cause profonde, ni que chaque symptôme cache quelque chose qu'il faudrait absolument découvrir. Mais il peut être précieux de ne pas s'arrêter uniquement à la disparition du symptôme lorsque d'autres questions restent importantes pour soi.


Pourquoi avons-nous parfois tendance à reproduire les mêmes situations ?


Dans une perspective psychanalytique, certaines difficultés ne se résument pas à un événement isolé. Elles peuvent aussi s'inscrire dans des façons de penser, de ressentir et d'entrer en relation que nous avons construites au fil de notre histoire.

On peut, par exemple, avoir compris intellectuellement que l'on n'a pas besoin de tout contrôler pour être en sécurité, tout en continuant à ressentir une angoisse importante lorsqu'une situation nous échappe. On peut savoir que l'on a le droit de dire non, mais éprouver une culpabilité immense dès que l'on déçoit quelqu'un.

Ce décalage entre ce que l'on comprend et ce que l'on ressent est fréquent. Il ne signifie pas que l'on n'a pas progressé. Il montre simplement que le changement ne se produit pas toujours au même rythme dans toutes les dimensions de notre vie.

C'est aussi pour cette raison que certains schémas peuvent réapparaître dans des contextes différents. On pense avoir dépassé une difficulté, puis on la retrouve sous une autre forme, dans une nouvelle relation ou à un autre moment de sa vie.

Continuer une thérapie peut permettre de repérer ces répétitions, de comprendre ce qu'elles viennent mobiliser et d'expérimenter progressivement d'autres façons de vivre les situations.

Il ne s'agit pas de chercher indéfiniment ce qui ne va pas chez soi. Il s'agit plutôt de mieux se connaître, afin de ne plus être systématiquement entraîné dans des réactions que l'on subit.


Le travail thérapeutique ne consiste pas seulement à parler de ce qui va mal.


J'entends parfois l'idée selon laquelle on consulte lorsqu'on souffre, puis on arrête dès que la souffrance diminue. Cette représentation est compréhensible, mais elle ne rend pas entièrement compte de ce qui peut se passer dans une thérapie.

Bien sûr, soulager une souffrance est un objectif essentiel. Il serait absurde de minimiser l'importance du fait de retrouver le sommeil, de voir son anxiété diminuer ou de parvenir à vivre plus sereinement ses relations.

Mais une thérapie peut également offrir un espace pour réfléchir à ses choix, mieux identifier ses besoins, comprendre certaines contradictions ou découvrir des aspects de soi que l'on avait du mal à reconnaître.

Il arrive qu'un patient commence par parler d'un conflit professionnel, puis réalise au fil des séances que ce qui l'a particulièrement blessé n'est pas le désaccord lui-même, mais le sentiment de ne pas être reconnu. Une autre personne consulte pour des crises d'angoisse et découvre progressivement à quel point elle s'interdit d'exprimer sa colère ou son désaccord.

Ces prises de conscience ne font pas nécessairement disparaître toutes les difficultés. Elles peuvent cependant modifier la manière de les vivre et de leur répondre.

On peut venir en thérapie parce que l'on souffre, puis continuer parce que l'on découvre qu'il y a encore des choses que l'on souhaite comprendre de soi.

Cela ne signifie pas que la thérapie doit devenir une recherche permanente sur soi-même. Il est aussi possible de se sentir suffisamment bien, de vouloir consacrer son énergie à d'autres aspects de sa vie et de considérer que le travail accompli est satisfaisant.

L'essentiel est de pouvoir faire ce choix en ayant pris le temps de réfléchir à ce qu'il représente pour soi.


Et si l'envie d'arrêter était aussi une question à explorer ?


Lorsqu'un patient m'annonce qu'il souhaite arrêter sa thérapie parce qu'il va mieux, je ne considère pas automatiquement cette décision comme un problème. Je ne pense pas non plus qu'il faille chercher à le convaincre de poursuivre. En revanche, cette envie peut parfois mériter d'être abordée en séance.

Est-ce que la personne a le sentiment d'avoir atteint ce qu'elle était venue chercher ? Est-ce qu'elle se sent suffisamment autonome pour continuer sans cet espace ? Est-ce que les séances lui semblent moins nécessaires ? Ou est-ce que quelque chose devient plus difficile à aborder depuis que la thérapie a commencé à toucher des sujets plus sensibles ?

Il peut arriver que l'on ait envie d'arrêter parce que l'on va réellement mieux. Il arrive aussi que l'on se sente moins à l'aise à mesure que certaines questions se rapprochent de ce que l'on préfère ne pas regarder. Parfois encore, la thérapie semble avoir atteint un palier et l'on ne sait plus très bien ce qu'elle nous apporte.

Ces situations sont différentes. Elles ne doivent pas être interprétées de la même manière.

Pour les jeunes psychologues et thérapeutes, il me semble important de garder cette nuance en tête : l'envie d'arrêter n'est ni une preuve d'échec thérapeutique, ni nécessairement le signe d'une résistance qu'il faudrait lever. Elle constitue avant tout une parole du patient, que l'on peut accueillir et explorer avec lui, sans présumer de ce qu'elle signifie.

Le thérapeute peut proposer d'en parler, mais il ne doit pas transformer la poursuite du suivi en objectif en soi. La relation thérapeutique n'a pas vocation à rendre le patient dépendant de sa présence. Elle doit au contraire lui permettre de gagner en liberté.


Pourquoi la régularité est importante ?


Un travail thérapeutique se construit dans le temps. La régularité des séances permet de maintenir un fil entre les différents moments de la vie, de revenir sur ce qui a été évoqué et de repérer des évolutions qui ne sont pas toujours perceptibles au quotidien.

Une séance peut sembler peu productive sur le moment, puis prendre un autre sens quelques semaines plus tard. Une réaction que l'on ne comprenait pas devient plus claire après un événement. Une question abordée en séance continue de cheminer, parfois sans que l'on s'en rende compte immédiatement.

La régularité offre aussi un cadre dans lequel il devient possible de parler de ce qui est difficile à dire ailleurs. Avec le temps, on peut oser aborder des pensées, des émotions ou des contradictions que l'on avait jusque-là tendance à dissimuler, y compris à soi-même.

Cela ne signifie pas que toutes les thérapies doivent suivre le même rythme. La fréquence des séances dépend de la personne, de ses besoins, de la méthode de travail et de ce qui est convenu avec le thérapeute. Elle peut évoluer au fil du suivi.

Il n'est pas non plus nécessaire d'attendre d'aller mal pour reprendre rendez-vous. À certains moments, les séances peuvent être plus espacées, ou le travail peut s'orienter vers de nouvelles questions.

L'important n'est pas de maintenir une fréquence à tout prix, mais de réfléchir à ce qui soutient réellement le travail engagé.


Faut-il continuer sa thérapie toute sa vie ?

Non, et je crois qu'il est important de le préciser.

Il n'existe pas de durée idéale valable pour tout le monde. Certaines personnes consultent pendant une période précise, traversent une difficulté, retrouvent un équilibre et décident de mettre fin à leur suivi. D'autres choisissent de poursuivre un travail plus long, parce qu'elles souhaitent approfondir leur compréhension d'elles-mêmes ou parce que certaines questions continuent d'évoluer au fil de leur vie.

Aucune de ces possibilités n'est intrinsèquement meilleure que l'autre.

La fin d'une thérapie peut d'ailleurs faire partie du travail lui-même. Elle permet de revenir sur le chemin parcouru, de reconnaître les changements accomplis et de réfléchir à la manière dont on pourra s'appuyer sur ce que l'on a découvert par la suite.

Il est possible de convenir ensemble d'une fin de suivi, de séances plus espacées ou d'une période de pause. Il est également possible de reprendre une thérapie plus tard, si de nouvelles difficultés apparaissent ou si l'on ressent à nouveau le besoin de disposer de cet espace.

Le but n'est pas de rester en thérapie par principe. Il est de pouvoir déterminer ce qui nous convient, à un moment donné de notre vie.


Pour conclure, selon moi, il est important de ne pas confondre le fait d'aller mieux avec l'idée que tout est nécessairement terminé. Une amélioration peut être le résultat d'un travail déjà accompli, mais elle peut aussi ouvrir la possibilité d'explorer des questions que l'on n'était pas encore en mesure d'aborder.

Continuer une thérapie ne signifie pas que l'on va mal, pas plus que l'arrêter ne signifie que l'on refuse de travailler sur soi. Tout dépend de ce que l'on vient chercher, de ce qui a évolué et de ce que l'on souhaite poursuivre.

Si vous commencez à vous sentir mieux, vous pouvez justement en parler avec votre thérapeute. Vous pouvez faire le point sur le chemin parcouru, réfléchir à ce qui vous aide aujourd'hui et décider ensemble de la suite.

Une thérapie n'a pas pour objectif de vous maintenir dans le suivi. Elle doit vous aider à trouver davantage de liberté dans votre manière de vivre, de penser et d'entrer en relation. Et parfois, prendre le temps de reconnaître ce qui a changé fait pleinement partie de ce chemin.

Écrit par

Alisée Eggermont

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