L’animal peut-il être thérapeutique ?

Alisée Eggermont

Psychanalyste

·20 septembre 2026 8 min de lecture

Bienfaits sur la santé mentale et médiation animale


Il suffit parfois d'observer ce qui se passe lorsqu'une personne retrouve son animal après une journée difficile : elle lui parle, elle le caresse, elle se pose quelques minutes à côté de lui.

Parfois, elle ne fait rien de particulier. Elle reste simplement là, en sa présence. Pourtant, quelque chose semble s'apaiser.

Alors, peut-on vraiment dire qu'un animal est thérapeutique ?

La question mérite d'être nuancée. Un animal n'est évidemment pas un psychologue. Il ne pratique pas de psychothérapie et ne remplace pas un professionnel lorsqu'une personne souffre psychiquement. Pourtant, je crois qu'il serait réducteur de considérer sa présence comme simplement réconfortante.

L'animal peut occuper une place très particulière dans la vie psychique d'une personne. Il peut devenir un repère, une source de sécurité, un compagnon dans les moments de solitude et parfois même un support à travers lequel certaines émotions deviennent plus facilement accessibles.

C'est ce qui rend la relation à l'animal particulièrement intéressante lorsque l'on s'intéresse à la psychologie, au bien-être émotionnel et à la santé mentale.


Quels sont les bienfaits des animaux sur notre santé mentale ?

Ce qui me frappe avec les animaux, c'est qu'ils proposent une relation très différente de celles que nous entretenons avec les autres êtres humains. Un animal ne nous demande pas d'expliquer pourquoi nous sommes tristes, il ne nous demande pas de justifier notre fatigue, il ne nous demande pas de mettre des mots sur ce que nous ressentons avant de rester auprès de nous.

Sa présence est souvent beaucoup plus simple.

On peut rentrer chez soi après une journée difficile et retrouver son chien qui vient nous accueillir, ou son chat qui s'installe à côté de nous. Cette relation peut apporter une forme de continuité. Je crois que cette continuité est particulièrement importante lorsque l'on traverse une période de fragilité.

L'animal est là.

Il mange, dort, joue, réclame de l'attention, vient chercher une caresse. Le quotidien continue. Pour certaines personnes, cette présence constitue un véritable point d'ancrage. Elle peut aussi aider à maintenir une forme de rythme : sortir son chien, nourrir son animal, s'occuper de lui, prendre soin de ses besoins.  Ce sont des gestes simples, mais qui peuvent redonner une structure aux journées lorsque tout semble désorganisé.

Cela ne signifie évidemment pas qu'avoir un animal suffit à aller mieux, mais cela montre que le lien avec lui peut participer à notre équilibre. 


L'animal comme présence, plutôt que comme solution

Je pense qu'il est important de ne pas tomber dans l'idée selon laquelle l'animal serait une sorte de remède aux difficultés psychologiques : un chien ne va pas « soigner » une dépression et un chat ne va pas résoudre une anxiété.

Adopter un animal pour tenter de régler une souffrance psychique peut même être une mauvaise idée si l'on ne mesure pas ce que cette responsabilité implique.

L'animal a lui aussi des besoins, des émotions, des limites et une personnalité propre. Il ne devrait jamais être considéré comme un outil thérapeutique disponible en permanence pour répondre aux besoins de son propriétaire.

En revanche, la relation qui se construit avec lui peut avoir des effets importants. C'est cette distinction qui me paraît essentielle. 


Ce que la relation à l'animal peut révéler de nous

Ce qui m'intéresse particulièrement, d'un point de vue psychanalytique, c'est que nous ne sommes pas simplement en relation avec un animal tel qu'il est : nous lui attribuons aussi une place particulière, nous lui prêtons des intentions, nous interprétons ses comportements.

Nous pouvons le considérer comme notre confident, notre bébé, notre meilleur ami ou parfois comme le seul être qui nous comprend réellement.

Cela ne signifie pas que ce lien est « faux », mais il est simplement chargé de notre propre histoire.

La manière dont une personne s'attache à son animal peut parfois nous renseigner sur sa manière d'entrer en relation, de prendre soin ou d'être rassurée. Par exemple, certaines personnes ont beaucoup de mal à laisser leur animal s'éloigner, d'autres ont besoin de s'occuper constamment de lui. Certaines supportent très difficilement qu'il ne réponde pas à leurs attentes, d'autres encore décrivent leur animal comme la seule présence auprès de laquelle elles peuvent réellement être elles-mêmes.

Je ne cherche évidemment pas à tirer des conclusions à partir de cela, mais je trouve ces éléments intéressants à écouter, parce que la relation à l'animal fait partie de l'histoire affective de la personne.


L'animal peut-il remplacer une relation humaine ?

Je ne le pense pas et pourtant, je crois que l'animal peut occuper une place que certaines personnes ne trouvent pas facilement dans leurs relations humaines.

Il peut être présent sans exiger la même forme de réciprocité, il peut permettre un contact physique rassurant et offrir une présence dans les moments de solitude. Surtout, il n'y a pas nécessairement besoin de parler.

Pour une personne qui éprouve des difficultés à entrer en relation, l'animal peut alors représenter un lien particulièrement accessible et cela peut être précieux.

Mais cela ne signifie pas qu'il faut opposer l'animal aux relations humaines. Au contraire, la relation à l'animal peut parfois constituer un point de départ. Une personne qui retrouve du plaisir à jouer avec son chien, à prendre soin de lui ou simplement à partager un moment avec lui peut progressivement retrouver une forme de disponibilité relationnelle.

L'animal n'est alors pas un substitut aux autres : il devient un lien parmi d'autres.


Si l'animal était aussi un support pour nos émotions ?

Il y a quelque chose que j'observe beaucoup chez les personnes qui vivent avec des animaux : elles leur parlent. Elles racontent leur journée, leur expliquent qu'elles sont fatiguées, les grondent parfois, leur demandent pardon, leur disent qu'elles les aiment.

Bien sûr, l'animal ne comprend pas nécessairement toutes les phrases comme un être humain les comprendrait, mais le fait de parler peut quand même avoir une fonction pour la personne.

Mettre des mots sur ce que l'on ressent, même face à un animal, peut permettre de rendre une émotion un peu plus concrète.

C'est aussi pour cela que je trouve intéressant de ne pas opposer systématiquement la parole et la relation à l'animal : elles peuvent parfois se compléter.


Pour les psys : ne pas oublier l'animal dans l'histoire du patient

Dans les entretiens, l'animal est parfois évoqué comme un détail.

« Quand je rentre chez moi, je retrouve mon chien. »
« Mon chat dort avec moi. »
« Depuis que j'ai perdu mon chien, je me sens très seul. »

Ces phrases peuvent sembler secondaires. Pourtant, elles peuvent parfois ouvrir sur quelque chose d'important. La perte d'un animal peut être vécue comme un véritable deuil. Une relation avec un animal peut représenter une source majeure de sécurité. Parfois, la manière dont le patient parle de son animal permet d'entrevoir une partie de son fonctionnement relationnel.

Cela ne signifie pas qu'il faut systématiquement analyser la relation à l'animal, je crois même qu'il faut éviter de vouloir tout interpréter. Mais simplement penser à poser une question :

« Quelle place cet animal occupe-t-il dans votre vie ? »

La réponse peut être très riche. 


Peut-on parler de médiation animale ? 

Oui, mais il faut distinguer plusieurs choses.

La simple présence d'un animal auprès d'une personne n'est pas nécessairement une thérapie. La médiation animale repose sur un cadre spécifique, dans lequel l'animal participe à un dispositif d'accompagnement pensé et encadré par un professionnel formé. L'animal n'est donc pas « le thérapeute ». Il participe à une relation triangulaire entre l'animal, la personne accompagnée et le professionnel. Cette nuance me paraît fondamentale.

Dans ce cadre, l'animal peut faciliter certaines interactions, rendre une personne plus disponible, soutenir une relation ou permettre d'aborder certaines difficultés autrement.

Mais il reste un être vivant : son bien-être doit donc être pris en compte au même titre que celui de la personne accompagnée. C'est un point auquel je suis particulièrement sensible.

Plus je me forme au comportement et au bien-être animal, plus je mesure à quel point il serait problématique de considérer l'animal uniquement à travers ce qu'il peut apporter à l'être humain : une relation bénéfique doit être pensée dans les deux sens.


L'animal peut aussi nous apprendre quelque chose du lien

C'est peut-être ce qui m'intéresse le plus dans cette question. Vivre avec un animal nous confronte constamment à l'altérité : nous pouvons l'aimer énormément sans jamais pouvoir totalement contrôler ce qu'il fait. Il a ses propres besoins, ses propres réactions, ses propres limites.

Il peut venir chercher notre contact... puis décider qu'il préfère partir. Il peut vouloir jouer lorsque nous sommes fatigués. Il peut avoir peur d'une situation que nous ne comprenons pas.

Il nous oblige donc, d'une certaine manière, à composer avec quelqu'un qui ne fonctionne pas exactement comme nous, et cette expérience peut être très riche.

Elle nous apprend parfois à observer plutôt qu'à contrôler, à respecter une limite, à reconnaître un besoin différent du nôtre. Je trouve cette dimension particulièrement intéressante lorsque l'on s'intéresse aux relations humaines : aimer quelqu'un, humain ou animal, ne signifie pas pouvoir tout contrôler chez lui.


Alors, l'animal est-il thérapeutique ?

Je répondrais : il peut l'être, mais pas de la manière dont on l'entend habituellement.

Un animal ne remplace pas une thérapie, il ne remplace pas une relation humaine, il ne possède pas de méthode pour nous « guérir ».  Mais sa présence peut soutenir, apaiser, sécuriser et parfois permettre à une personne de retrouver un lien lorsqu'elle se sent isolée.

La relation que nous entretenons avec lui peut également nous apprendre beaucoup sur nous-mêmes : notre manière de nous attacher, de prendre soin, de supporter la séparation, de respecter les limites de l'autre ou encore de recevoir de l'affection.

Parfois, l'animal occupe simplement une place essentielle dans notre vie sans qu'il soit nécessaire de lui attribuer une fonction thérapeutique. Je trouve cette dernière idée importante.

Nous n'avons pas besoin de transformer chaque relation en outil de soin pour reconnaître sa valeur : un animal peut être un compagnon, un repère, une présence rassurante. Parfois, c'est déjà énormément.

Au fond, je crois que ce qui peut être thérapeutique n'est pas seulement l'animal lui-même, c'est le lien que nous construisons avec lui.

Comme toutes les relations qui comptent, ce lien peut nous accompagner, nous soutenir et parfois nous révéler à nous-mêmes.

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Alisée Eggermont

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