Pourquoi mon psy ne me dit pas ce que je dois faire ?
Psychologue clinicienne, j’accompagne les transitions de vie qui transforment qui l’on est 🪷
Vous avez tout dit et votre psy a tout écouté. Et là, arrive le moment où vous posez la question : Que dois-je faire ? Votre psy vous répond : "Que feriez-vous ?".
Mais pourquoi votre psy vous retourne-t-il si souvent la question ?
La réponse tient presque en une phrase. Pourtant, pour qu'elle ait vraiment du sens, il faut d'abord comprendre ce qui se joue derrière cette façon de répondre.
Une histoire de singularité...
Chaque personne est profondément singulière. Vous avez une histoire unique : votre famille, vos relations, vos pensées, vos émotions, vos rêves, vos blessures, vos désirs. Votre parcours, vos valeurs et vos ressources vous sont propres.
De ce fait, il n'y a donc aucun conseil universel à donner. Souvent, un conseil qui semble être pertinent pour une personne peut-être complètement inadapté pour vous. Au fond, vous êtes le seul à pouvoir sentir ce qui est profondément juste pour vous. Votre histoire, vos valeurs et vos aspirations.
C'est donc on ne peut plus logique que le psy ne décidera pas à votre place. Son rôle est de faire en sorte que vos choix vous appartiennent réellement. Vos choix ne sont pas ses choix. Vos valeurs ne sont pas les siennes. Et surtout, votre histoire ne lui appartient pas.
Maintenant, vous pourriez vous dire : « D'accord, mais mon psy me connait bien, depuis le temps quand même ! ».
Vous avez raison de faire cette remarque.
Oui, votre psychologue vous connaît mieux qu'au début. Et pourtant, il continue souvent à ne pas vous dire quoi faire ?
Ce n'est pas un hasard.
En fait, déjà il a un code de déontologie à respecter, et parmi les règles les plus importantes, il y a celle qui demande de respecter la personne dans sa liberté et ses décisions. Votre psychologue reconnaît que vous êtes une personne autonome, capable de penser, de choisir et de décider. En vous disant « faites ceci » ou « faites cela », il prendrait le contrôle d'une partie de votre vie psychique et décisionnelle. Or votre psy doit éviter au maximum la prise de position surtout lorsqu'elle a une influence sur votre trajectoire de vie. Il peut vous éclairer, vous aider à vous questionner, à penser les conséquences...il peut être votre copilote. Mais le pilote de votre vie, c'est vous.
Une image permet de mieux comprendre pourquoi votre psychologue ne peut pas décider à votre place :

Imaginez que cette pile de pierres représente votre vie. Chaque pierre correspond à une expérience, une relation, une blessure, une valeur ou une ressource. Chaque nouvelle décision vient modifier son équilibre. Votre psychologue peut vous aider à observer cette tour, mais vous êtes la seule personne à pouvoir sentir quelle "pierre" peut s'y ajouter sans la fragiliser.
Cette idée de ne pas décider à votre place repose aussi sur un principe fondamental de la pratique psychologique : la neutralité bienveillante.
Deuxièmement, il y a la question de la "neutralité bienveillante". En thérapie, la neutralité ne veut pas dire être froid, distant ou indifférent, comme on pourrait le dire généralement. Votre psychologue est engagé et attentif même quand il reste "neutre". Il reste présent sans prendre votre place. Autrement dit, il vous aide à développer votre capacité à choisir, sans jamais choisir à votre place.
Il existe toutefois une exception importante à cette posture : lorsqu'il existe un enjeu de sécurité, comme un risque suicidaire, une mise en danger grave ou une situation de violence. Dans ces cas-là, la neutralité bienveillante n'est plus adaptée. Dans ces situations, votre psychologue peut orienter vers une prise en charge adaptée, proposer des dispositifs de soins ou adopter une posture plus directive lorsque cela est nécessaire.
Même dans ces situations, son objectif n'est pas de décider à votre place, mais d'agir pour protéger votre sécurité.
Un conseil peut bloquer le travail thérapeutique...
Un conseil ferme souvent une question. La thérapie, elle, cherche à la laisser ouverte.
Si votre psy vous dit quoi faire, il risque de court-circuiter quelque chose qui aurait dû émerger. Ça peut être l'émergence de compréhension de votre propre désir. Ça peut être un éclairage sur vos propres ressources et vos mécanismes de défense face à certaines situations. Ou encore vos propres schémas d'évitement.
En vrai, le problème ce n'est pas la décision en elle-même mais le sens que cette décision peut prendre dans votre histoire, qu'il s'agisse de votre passé, votre présent ou votre avenir.
Et en ce sens, votre psy ne pourra jamais deviner à votre place quelque chose d'essentiel, combien même il vous connait. Ce serait vous priver de votre propre compréhension !
Alors quand il vous dit : "Et vous, qu'est-ce que vous voulez ?" ou "qu'est-ce que vous en pensez ?", ne réagissez pas trop vite. Laissez le silence faire son travail. Dites-vous que quand une question est laissée ouverte, c'est que quelque chose se travaille en arrière plan. Si votre psy avait répondu par un conseil, il aurait coupé ce mouvement. Mais en posant une question ouverte, il laisse un espace pour un travail de fond :
Une hésitation peut apparaître.
Mais un souvenir peur remonter.
Une contradiction peut surgir.
Mais une émotion peut prendre forme.
C'est aussi ce qui distingue une thérapie d'un échange avec une intelligence artificielle. Une IA peut aider à réfléchir, proposer des pistes ou répondre à une question. Mais elle ne partage ni votre histoire, ni la relation thérapeutique, ni le travail clinique qui se construit au fil des séances. Là où une IA cherche avant tout à répondre à votre demande, votre psychologue peut parfois choisir de laisser une question ouverte, parce que c'est précisément ce qui permet au travail thérapeutique d'émerger.
Alors souvenez-vous que les reformulations, le silence et l'absence de conseils de votre psy ne sont jamais un retrait. C'est une manière de vous rendre la place centrale dans votre propre histoire.
Alors au final...
Votre psy peut vous aider à penser, pas penser à votre place.
Votre psy peut ouvrir des options, pas trancher à votre place.
Votre psy peut accompagner une décision, pas la prendre à votre place.
Allez, je vous fait maintenant cadeau de la réponse en une phrase mais je pense que vous l'avez dans votre tête sans même que vous l'ayez lu.
Alors pourquoi votre psy ne vous dit pas ce que vous devez faire ?
Parce que votre psy n'est pas vous !
Et c'est pour ça qu'il va toujours éviter de vous dire quoi faire. Non pas par absence de position, mais par cohérence avec une éthique : celle de vous laisser la responsabilité pleine et entière de votre propre vie. Et par cohérence avec une thérapie dont l'objectif est que vous deveniez progressivement l'auteur de vos propres choix.
Peut-être qu'au fond, c'est cela, faire équipe avec son psychologue : apprendre progressivement à prendre ses propres décisions.
Écrit par
Tiana Razaiarinoro
Psychologue clinicienne, j’accompagne les transitions de vie qui transforment qui l’on est 🪷