Pourquoi mon psychologue ne dit presque rien pendant la séance ?

Tiana Razaiarinoro

Psychologue clinicienne, j’accompagne les transitions de vie qui transforment qui l’on est 🪷

·1 juillet 2026 · mis à jour 28 juillet 2026 7 min de lecture

Vous êtes là, assis en face de votre psy. Vous venez de parler pendant quelques minutes. Et là… silence. Votre psy vous regarde, hoche la tête, ou fait un « mm mm » et n’ajoute plus rien. Une minute. Deux minutes. Cinq même !

Alors dans votre tête, les pensées s'enchaînent : "Est-ce qu’il a compris ? Est-ce que je l’ennuie ? Est-ce qu'il me juge sans rien dire ? ».


Le silence en séance est l'une des expériences les plus déroutantes en thérapie. Comprendre ce qui se passe vraiment de l'autre côté peut tout changer.

Ce qu’est le silence, du côté du patient

En séance, le silence peut faire peur. Parfois, il crée du malaise, parfois du stress et parfois même de la culpabilité. C’est particulièrement marqué au début d'un suivi ! Mais en réalité, c’est universel ! Presque tous les patients le ressentent. Pourtant, très peu osent en parler directement à leur psychologue.

Ce malaise vient surtout des croyances populaires sur le silence. Notre cerveau déteste le vide. Lorsqu'il manque d'informations, il cherche naturellement à donner du sens pour combler ce vide. Et face au silence, notre cerveau commence presque automatiquement à imaginer ce qui se passe dans la tête de notre interlocuteur. On craint que ce silence cache un désaccord, un conflit, un jugement ou encore un rejet. C’est principalement lié au fait que nous sommes des êtres sociaux. Nous utilisons la parole pour créer du lien, nous rassurer. Alors forcément, le silence peut provoquer de l’incertitude et de l’inconfort.

Vous vous dites peut-être que si votre psy ne parle pas, c'est parce qu'il s'ennuie. Ou parce qu'il ne sait pas quoi dire. Ou pire, parce qu'il pense quelque chose de négatif sur vous, vous juge, mais se retient.

En réalité, si vous vous posez ces questions, c’est souvent parce que vous portez une attention particulière aux réactions de votre psy. Et c’est souvent exactement ce que votre psy fait, en miroir : il observe attentivement les vôtres. C'est une réaction profondément humaine : lorsque l'autre reste silencieux, le cerveau essaie de deviner ce qu'il pense de nous.

Ce n'est donc pas "de la paranoïa". C'est simplement le cerveau qui cherche du sens là où il n'y a pas encore de mots.

Parfois, mettre immédiatement des mots sur ce qui se passe est tout simplement trop difficile.

Mais plus encore, voici ce que ce silence n'est pas.

Ce que le silence n’est pas, du côté du psy

Le silence n'est jamais de l'indifférence.

Savez-vous que parfois votre psychologue peut être profondément présent, attentif, ému, même tout en restant silencieux ?

Le silence n'est jamais du jugement déguisé. Mais il n'est pas non plus forcément un manque de compétence.

Le plus souvent, le psy reste silencieux pour préserver une posture à la fois neutre et bienveillante. Cette posture lui permet d’accueillir tout ce que vous dites. Autrement dit, votre psy ne dit rien précisément parce qu'il veille à ne pas vous orienter, vous influencer ou vous juger.

Le silence et la bienveillance ne sont donc pas contradictoires.

Contrairement à ce que l'on imagine parfois, le silence de votre psy est rarement un moment où il "ne fait rien".

Mais alors la question est de savoir, à quoi peut penser votre psy pendant ces silences ?

C'est là que ça devient intéressant !

Pendant que vous vous demandez ce qu'il pense de vous, votre psy est souvent en train d'observer tout autre chose : votre manière d'habiter ce silence. Est-ce que vous cherchez vos mots ? Est-ce qu'une émotion monte ? Est-ce que votre regard change ? Votre respiration ? Est-ce que vous changez brusquement de sujet ? Tous ces éléments peuvent aider votre psy à comprendre ce qui se passe pour vous. Et c'est parfois davantage plus riche que les mots eux-mêmes.

En réalité, le silence fait partie du travail thérapeutique. Pour le psychologue, le silence est une information clinique. Autrement dit, votre psy ne subit pas le silence : il l'observe, il s'y intéresse et il essaie de comprendre ce qu'il révèle de votre vécu. Votre psy travaille donc avec le silence, et non malgré lui.

Au fond, une des compétences essentielles du psy est d'attendre et de saisir le juste moment pour redonner place à la parole. Intervenir trop vite, c'est risquer de court-circuiter quelque chose qui est en train de s’élaborer en vous. Votre psy préfère donc souvent laisser émerger ce qui peut venir, plutôt que de remplir à tout prix l'espace avec une question qui pourrait orienter votre pensée. C'est donc une forme de patience active, pas de passivité.

Derrière ce silence, il y a souvent beaucoup plus d'attention qu'il n'y paraît.

Et selon son courant thérapeutique, le silence aura une « couleur » différente :

  • Dans l’approche psychodynamique, le silence ouvre la porte aux associations libres et aux mouvements inconscients.

  • Dans les thérapies de pleine conscience, il permet de prendre du recul sur le flot habituel des pensées pour être davantage en contact avec son expérience intérieure.

  • En Gestalt-thérapie, il favorise l'émergence des sensations, des émotions et de ce qui se vit dans l'instant présent.

Toutes ces approches convergent vers la même idée : le silence n'est pas un vide. C'est un espace de travail.

Pour le patient : comment apprivoiser le silence en séance

Vous n'avez pas à supporter le malaise en silence (si l'on peut dire). Voici quelques pistes concrètes.

  1. Nommez-le. Si le silence vous pèse, vous pouvez tout simplement le dire : "Je ne sais pas quoi dire et ça me met mal à l’aise." ou "Je sens que j'hésite." Ce n'est pas un aveu d'échec. Bien au contraire, c'est être acteur de sa thérapie, car c’est souvent là que quelque chose d'important commence.

  2. Observez ce qui se passe en vous. Plutôt que de chercher quoi dire pour remplir le silence, essayez de remarquer ce que vous ressentez pendant ce silence. Une tension dans le corps ? Une image qui vous vient ? Une émotion que vous n'attendiez pas ? C'est souvent pendant ces silences que les sensations ou les émotions deviennent plus faciles à percevoir. Et donc que la thérapie avance !

  3. Ne mesurez pas la valeur d'une séance au nombre de mots échangés. Une seule séance où peu de choses ont été dites peut avoir été plus riche que plusieurs séances où vous avez beaucoup parlé. Parfois même, une séance très bavarde peut être une façon d'éviter l'essentiel.

Pour le psy : gérer les silences sans les « écraser »

Du côté des psys, la question n'est pas de savoir "comment éviter les silences ?" mais "comment être présent dans le silence sans le rompre trop tôt ni trop tard ? ".

Le psy sait que le silence de son patient n’est jamais une interruption de la communication, mais plutôt un passage à une forme de communication différente. Et à ce titre, le silence appelle une présence plutôt qu'une réponse. Pas forcément des mots, mais une présence. Simplement.

Voici deux repères pour travailler avec le silence :

  1. Il y a bien entendu les techniques universelles d'acquiescement. Ça peut être un hochement de tête, le regard maintenu, ou encore le fameux « mm mm ». Ces techniques permettent de rassurer son patient et garantissent la continuité de l'interaction. En réalité, ce sont parfois ces petits gestes qui permettent au patient de se sentir suffisamment en sécurité pour continuer à explorer ce qu'il vit.

  2. Il y a aussi cette question à se poser : ce silence est-il fécond ou bloquant ? Un silence fécond a une « texture ». Le psy sent qu’il y a quelque chose qui se cherche, qui se prépare à émerger. Un silence bloquant quant à lui ressemble à de l'évitement. Le psy sent qu’il y a du figement ou de l'angoisse non contenue. Dans ce cas, le psy peut utiliser une intervention légère comme une reformulation ou alors une simple question ouverte. Ça peut suffire à relancer le travail thérapeutique sans interrompre ce qui était en train d'émerger.

Et justement, parfois, la chose la plus juste qui soit, c'est de ne rien dire.

Pour finir, et si le silence était une forme de soin ?

Le silence de votre psy n'est pas un oubli. Ce n'est pas une maladresse. C'est souvent la chose la plus juste qu'il puisse offrir à ce moment-là, à sa façon. En fonction de ce qu’il sait sur vous. Sur vos ressources.

Alors, la prochaine fois qu'un silence s'installe en séance, résistez peut-être à l'envie de le remplir immédiatement. Observez ce qui se passe en vous. Ce silence est peut-être déjà en train de vous faire entendre quelque chose que les mots ne pouvaient pas encore dire.

Parfois, les mots permettent de parler. Le silence permet de s'entendre.

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Tiana Razaiarinoro

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